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Film : visite du lycée

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EDGAR FAURE (1908-1988, homme politique français, plusieurs fois ministre, président du Conseil à deux reprises et président de l'Assemblée nationale de 1973 à 1978).

Edgar FAURE, par Jean Sarrus

Collection «Les hommes de notre temps» aux Editions : Journal du Parlement.
(extraits)

livre-edgard-faure-192x300[...]C'est pourtant au lycée Voltaire de Paris qu'il terminera ses études secondaires, et il est à penser que ceci ne fut pas sans importance sur sa formation. Le lycée Voltaire jouit, on le sait, d'une brillante réputation. Avec Condorcet, Henri IV, Louis-le-Grand et Saint-Louis, c'est un des «Cinq Grands». Y être nommé, c'est, pour un professeur de L'enseignement secondaire qui ne va pas jusqu'à espérer la Sorbonne, ni à plus forte raison le Collège de France, recevoir son bâton de maréchal.
C'est dire que l'enseignement qui est prodigué dans un lycée comme Voltaire est d'une qualité exceptionnelle, et qu'un garçon doué doit normalement y recevoir l'impulsion intellectuelle qui l'ouvre aux grandes réflexions, qui le prépare aux grands travaux. Le jeune arbre vigoureux, sain, qui ne serait cependant capable de produire par lui-même que des fruits encore amers, des fruits imparfaits, y reçoit la greffe intellectuelle qui raréfie la poussée de la sève pour mieux la concentrer.
Les pépiniéristes du lycée Voltaire étaient des maîtres du genre, et l'on doit convenir, si l'on consulte la liste des professeurs qu'eut Edgar-Faure, que celui-ci fut particulièrement servi par la chance, et que, dans un milieu excellent, il eut ce qu'il y avait de meilleur.
EDGAR FAURE, par Jean Sarrus
Collection «Les hommes de notre temps» aux Editions : Journal du Parlement.
(extraits)

[...] C'est pourtant au lycée Voltaire de Paris qu'il terminera ses études secondaires, et il est à penser que ceci ne fut pas sans importance sur sa formation. Le lycée Voltaire jouit, on le sait, d'une brillante réputation. Avec Condorcet, Henri IV, Louis-le-Grand et Saint-Louis, c'est un des «Cinq Grands». Y être nommé, c'est, pour un professeur de L'enseignement secondaire qui ne va pas jusqu'à espérer la Sorbonne, ni à plus forte raison le Collège de France, recevoir son bâton de maréchal.
C'est dire que l'enseignement qui est prodigué dans un lycée comme Voltaire est d'une qualité exceptionnelle, et qu'un garçon doué doit normalement y recevoir l'impulsion intellectuelle qui l'ouvre aux grandes réflexions, qui le prépare aux grands travaux. Le jeune arbre vigoureux, sain, qui ne serait cependant capable de produire par lui-même que des fruits encore amers, des fruits imparfaits, y reçoit la greffe intellectuelle qui raréfie la poussée de la sève pour mieux la concentrer.
Les pépiniéristes du lycée Voltaire étaient des maîtres du genre, et l'on doit convenir, si l'on consulte la liste des professeurs qu'eut Edgar-Faure, que celui-ci fut particulièrement servi par la chance, et que, dans un milieu excellent, il eut ce qu'il y avait de meilleur.
Comme professeur de lettres : Edmond Faral, aujourd'hui professeur au Collège de France (celui-là n'était que de passage à Voltaire), et qui possède ce don si spécial, si précieux, et si rare, d'être un initiateur, d'apprendre à des jeunes gens à reconnaître la beauté et à en tirer profit. [...]
Edgar Faure a le goût du Beau, que ce soit du Beau pictural (on sait qu'il possède chez lui de magnifiques peintures), ou que ce soit du Beau littéraire (c'est un grand admirateur d'André Gide). Ce goût de la Beauté est certes la marque d'une nature de bonne race. Mais il ne serait pas aussi aigu, pas aussi juste, s'il n'y avait pas eu, au lycée Voltaire, l'enseignement d'Edmond Faral. Celui-ci insistait du reste beaucoup pour que l'élève Faure préparât Normale Supérieure. Si ce conseil avait été suivi, peut-être aujourd'hui, au lieu d'être chef du gouvernement français, Edgar Faure serait-il l'adversaire attitré de Jean-Paul Sartre ?
Mais revenons au lycée Voltaire. Comme professeur de géographie, Edgar Faure a Gustave Legaret, plus tard inspecteur général de cette matière. L'élève rendait parfois visite au maître, avec lequel il entretenait des rapports respectueusement cordiaux. Lors de ces visites, il lui arrivait de rencontrer un garçon un peu plus jeune que lui, qu'il rencontre à présent presque chaque jour, puisque Jean Legaret est devenu député de la Seine, et que, s'il ne siège pas dans le même groupe que le président du Conseil, il ne siège pas, cependant, dans une région très éloignée de la sienne. Là ne s'arrêtent pas les coïncidences curieuses, ou plutôt peut-être les incidences. Car les coïncidences ne sont souvent que des incidences mal reconnues. Le professeur de philosophie d'Edgar Faure, à Voltaire, était Aimé Berthod. Or Aimé Berthod, en 1924, abandonna l'enseignement -l'année même où Edgar Faure suivait son cours- pour se présenter aux élections législatives dans le Jura, département dont il fut député pendant vingt-deux ans. Et son successeur, précisément, fut Edgar Faure.
II est probable, comme nous le suggérions plus haut, que ce n'est pas pur hasard si Edgar Faure est devenu, après Aimé Berthod, député inamovible du Jura. En admettant même qu'en choisissant de se présenter dans cette circonscription il ait eu des raisons particulièrement positives de le faire, tout laisse à supposer qu'il a obéi en outre à quelque impératif inconscient. Le jeune Edgar Faure, en effet, avait beaucoup d'admiration pour son maître Aimé Berthod. D'autre part, quelques-uns de ses anciens condisciples nous ont confié que, dès ce moment-la, le jeune élève de philosophie avait le désir de faire une carrière politique.
Il ne serait donc pas étonnant que, pour reprendre encore une expression de Stendhal, -ce précurseur de la psychanalyse- Edgar ait «cristallisé» sur Berthod, que Berthod lui soit apparu comme l'exemple idéal à suivre, et que dès lors, pour Edgar Faure, l'ambition par excellence ait été dé devenir député du Jura.
Enfin, l'élève Faure compta encore parmi ses professeurs Brice Parain, qui s'est fait connaître par de beaux travaux littéraires, et/qui décela chez Je jeune homme une certaine tendance, pour ainsi dire «congénitale», à ne pas faire court quand il lui fallait exposer un point.
edgar-faureHomme d'Etat, Edgar Faure a, somme toute, conservé cette tendance. Ses discours comportent plus de formules feutrées que de mots à l'emporte-pièce. Mais ce n'est pas le moment encore de les faire passer, au spectroscope. Nous y reviendrons. Quoi qu'il en soit, cette tendance un peu verbale agaçait Brice Parain. Un beau jour, lors d'une composition, il déclassa avec une certaine injustice, l'élève Faure, parce que la dissertation de celui-ci, bien qu'intelligente (évidemment !), traînait trop, que son auteur semblait «tirer à la ligne».
Bon élève, Edgar Faure ne fut pas un élève hors ligne. Victime de ses dons mêmes, il avait trop de facilité pour être exceptionnel. Il saisissait si aisément les choses dès leur apparition qu'il n'éprouvait pas le besoin de les approfondir désespérément. Chez cet élève du lycée Voltaire, il y avait une forme foncièrement voltairienne de l'intelligence, que je développerai, entre le «voltairianisme» d'Edgar Faure et le «rousseauisme» de Mendès-France.
Le jeune Edgar décroche malgré tout la mention «Bien» au baccalauréat, ce qui n'est pas si négligeable, surtout à une époque où l'on était peut-être moins que maintenant prodigue d'encouragements, de faveurs, de récompenses. Il est certain que, dans un pays qui tend à avoir une armée de colonels, un jour risque de venir où tous les instituteurs seront docteurs es lettres. Du moins sur le papier. Mais c'est exactement comme lorsqu'on joue aux cartes en éliminant tout ce qui n'est pas les as et les figures : on a l'impression de faire des étincelles, mais, en réalité, le jeu est le même.
Au Concours général, l'élève Faure remporte un accessit d'histoire. C'est honorable sans être merveilleux. Après quoi il en arrive à ce moment difficile où le jeune homme sortant du lycée, dont le cadre rectiligne lui évitait tout problème, doit choisir un destin, c'est-à-dire un chemin.
Avec l'éclectisme qu'on lui connaît, Edgar Faure se décide lentement. Il fait son droit, obtient bon nombre d'accessits au concours de la Faculté, mais jamais de prix. Il entame une licence d'histoire qu'il ne terminera pas. Enfin il passe un diplôme de russe à l'école des langues orientales, ou, comme on dit familièrement : «Langues O».
Toute cela sans constituer un bagage d'un volume et d'un poids hors de pair, sans le parer de diplômes étincelants, lui fournit cependant une culture générale soutenue, large, qu'il complète encore par de nombreuses lectures, qui à l'époque n'avaient pas - comme aujourd'hui - pour objet presque exclusif les romans policiers !
Ses grandes passions à l'époque - des passions qui sont demeurées vivaces en lui, qui conservent chez l'homme mûr toute l'ardeur de la jeunesse - sont la littérature et la politique.

EDGAR FAURE, par Jean Sarrus
Collection «Les hommes de notre temps» aux Editions : Journal du Parlement.
Edgar Faure